Coaching
Compétences en intelligence artificielle : 15 % sont formés
Cedefop 2025 : 4 salariés européens sur 10 veulent développer leurs compétences en intelligence artificielle, environ 15 % ont été formés.
Le Cedefop, l'agence européenne chargée de la formation professionnelle, a publié en 2025 le bilan de son enquête sur les compétences en intelligence artificielle des salariés européens. Le constat tient en une phrase : environ un travailleur sur trois utilise déjà des outils dotés d'IA au travail, quatre sur dix estiment devoir développer ces compétences, et seuls 15 % environ ont reçu une formation liée à l'IA [1]. L'écart ne se répartit pas au hasard. Il est plus marqué chez les travailleurs peu et moyennement qualifiés, chez les plus âgés et chez les femmes [1]. État de l'information au 14 juillet 2026.
Ce que dit l'enquête du Cedefop, et sur quoi elle repose
Les chiffres viennent de l'enquête « AI skills survey », un module complémentaire à la deuxième enquête européenne sur les compétences et les emplois du Cedefop [1]. Le terrain a été réalisé au printemps 2024 auprès de 5 342 salariés dans onze pays de l'Union [3]. Les premiers résultats ont été publiés en janvier 2025 [2], la synthèse sur la littératie en IA en juillet 2025 [1].
Deux ordres de grandeur méritent d'être retenus. D'abord, « plus d'un quart de la main-d'œuvre adulte européenne expérimente déjà l'usage de l'IA au travail » [2]. Ensuite, six salariés sur dix seraient exposés à une forme ou une autre de transformation de leurs tâches liée à l'IA [2].
Le Cedefop ne dit pas que ces personnes vont perdre leur emploi. Il décrit une transformation de tâches, et un décalage entre le besoin de formation exprimé et la formation réellement reçue. C'est ce décalage qui l'inquiète, parce qu'il se creuse précisément là où les moyens de le combler sont les plus faibles [1].
Compétences en intelligence artificielle : ce que ces chiffres changent pour un adulte en Belgique
Le premier réflexe consiste à se demander si la Belgique est bien placée. Les données belges disponibles ne portent pas sur l'IA en particulier, mais sur la formation en général, et elles racontent la même histoire.
En 2025, 40,7 % des 25-64 ans ont suivi une formation, soit près de quatre personnes sur dix [5]. Le détail est plus parlant que la moyenne. Parmi les personnes disposant au plus d'un diplôme du primaire, 18,2 % se sont formées. Parmi les diplômés du secondaire supérieur, 31,2 %. Parmi les diplômés du supérieur, 56,6 % [5]. Autrement dit, plus vous avez déjà étudié, plus vous continuez à vous former.
Le statut joue aussi : 46,8 % chez les personnes en emploi, 29,4 % chez les demandeurs d'emploi, 19,2 % chez les personnes inactives [5]. Ces écarts se lisent sur le site officiel de Statbel consacré à l'apprentissage tout au long de la vie.
Côté objectifs, l'Union s'est fixé qu'au moins 47 % des 25-64 ans aient participé à une formation dans les douze derniers mois d'ici 2025, et au moins 60 % d'ici 2030 [4]. La marche restante est réelle.
Ce que les données ne disent pas
Prudence sur trois points. L'enquête du Cedefop porte sur onze pays, et la Belgique n'y est pas isolée dans les résultats publiés [3] : on ne peut donc pas en déduire un taux belge de formation à l'IA. Le chiffre de Statbel, lui, couvre toutes les formations, pas seulement celles liées au numérique, et Statbel signale une rupture méthodologique en 2024 qui limite les comparaisons dans le temps [5]. Enfin, un besoin de formation exprimé n'est pas une compétence manquante mesurée.
Ce que les données montrent, en revanche, est solide et convergent : la formation continue va d'abord à celles et ceux qui en ont déjà eu.
La compétence qui reste sous votre contrôle
Aucun de ces chiffres ne vous dit quoi faire lundi matin. Ils décrivent un système, pas votre situation. Il serait malhonnête d'en tirer une injonction personnelle : personne ne peut vous garantir qu'une formation à l'IA protégera votre poste, et ce n'est pas la promesse du Cedefop.
Reste une observation banale et utile. Quand les outils changent tous les dix-huit mois, la compétence qui tient dans la durée n'est pas la maîtrise d'un logiciel précis, c'est la capacité à réapprendre vite : lire une documentation, tester, se tromper, recommencer. Apprendre à apprendre ne garantit aucun résultat. Mais c'est le seul levier dont la valeur ne dépend pas de la version du modèle sorti le mois dernier.
Sources
- Cedefop : AI literacy at work: bridging skills, policy and practice in Europe's digital transition
- Cedefop : Skills empower workers in the AI revolution
- Cedefop : AI skills in the workplace? Cedefop asked the workers
- Commission européenne : Education and Training Monitor, apprentissage des adultes
- Statbel : L'apprentissage tout au long de la vie